Über den Traum
Sur la théorie freudienne du rêve
Nous connaissons tous Sigmund Freud comme le pionnier de la psychanalyse. Il est né à Freuberg (Moravie) en actuelle République Tchèque le 6 Mai 1856. C'est un médecin spécialisé dans l'anatomie et la physiologie du système nerveux. C'est lui qui a théorisé les notions psychanalytiques de conscient et inconscient. Il nous apprend à distinguer les notions de refoulement, de névrose et d'hystérie. C'est en 1896 que naît le terme « psycho-analyse », mais qu'est-ce que cela veut dire ? Eh bien c'est en quelque sorte une méthode d'investigation de l'inconscient.
Toutefois, ce qui nous intéresse ici c'est le rêve. Et pour cela, nous allons nous appuyer sur le livre Sur le rêve de Freud. Sur le rêve n'apporte pas un concept nouveau mais un concept de dramatisation : le rêve « dramatise » une idée. Cet ouvrage permet au lecteur de s'instruire rapidement sur les recherches freudiennes concernant la construction, la structure et les fonctions du rêve. Plusieurs rêves sont résumés de façon explicite et de manière logique. On a l'impression de communiquer avec l'auteur : le lecteur participe à la découverte psychique de ce qu'est le rêve. Nous sommes tous, par exemple, invités à la « Table d'hôte ». L'inconscient a toujours le premier et le dernier mot : « quand ce n'est pas avec ses fantasmes, c'est avec un mécanisme de défense ». Cela nous permet de mieux comprendre les processus psychiques inconscients : le rêve n'est qu'une formation de l'inconscient parmi tant d'autres.
Illustration par Alexandra Penisson
Le rêve chez Freud
Freud applique une nouvelle méthode d'investigation psychologique qui lui permet de mieux comprendre les phobies, les idées obsédantes ou bien les idées délirantes : la psychanalyse. Et cette technique peut selon lui s'appliquer à l'explication du rêve. « Les idées anxieuses et obsédantes sont étrangères à la conscience éveillée ». La conscience ignore leur origine de même qu'elle ignore l'origine du rêve. C'est grâce à cette méthode psychologique que Freud va résoudre le problème du rêve.
Dans les temps présocratiques, le rêve n'était pas perçu comme si important que ça. Quand on s'en souvenait, le rêve devenait au réveil une information soit bienveillante, soit malveillante. On parle de puissance supérieure, des puissances qui provenaient des dieux et des démons. Pour Freud, le rêve est un acte psychique qui a un sens, ce qui nous permet d'interpréter le rêve. Le rêve est une activité psychique organisée qui est l'opposée de la vie éveillée ; le rêve obéit à ses propres lois. Freud s'oppose aux scientifiques qui pensent que le rêve est une production désorganisée, qui vient de stimuli internes. Il s'oppose également aux interprétations populaires des rêves, comme quoi il serait sujet à prédire l'avenir. Pour lui le rêve est inconnu et parfois on ne peut l'interpréter.
Freud, dans le livre, nous propose une genèse. Cette genèse se rapporte aux relations que nous avons avec notre vie psychique de l'état de veille, et à la dépendance aux stimuli pendant l'état de sommeil. Le fait qu'à notre réveil, le contenu du rêve nous heurte, et que notre pensée, une fois réveillée, écrase le rêve, permet de savoir également si le rêve peut être interprété, si le contenu du rêve a un sens.
« À la base de la vie onirique se trouve un état particulier de l'activité psychique. » La vie onirique nous permet de voyager, d'aller vers une fantaisie et de faire des choses hors du commun. Le rêve est un phénomène psychique ; ce que nous rêvons fait suite à des stimuli sensoriels et corporels qui atteignent le rêveur et qui proviennent de l'extérieur : « le rêve est un processus corporel dans tous les cas inutiles, dans bien des cas morbides » (Binz). Maintenant, l'opinion populaire voudrait que le rêve ait un sens, qu’il soit annonciateur de l'avenir.
La « Table d'hôte »
La « Table d'hôte » est un rêve de Freud qu’il essaye d'analyser. Il mange des épinards, Mme E.L. est assise à côté de lui, se retourne entièrement vers lui et pose familièrement sa main sur son genou. Il éloigne la main dans un mouvement de défense. Alors elle dit : « vous avez toujours eu de si beaux yeux... ». Il voit alors vaguement quelque chose comme le dessin de deux yeux ou le contour d'une paire de lunettes... Ce rêve, Freud le considère comme absurde et obscur.
On apprend un peu plus tard dans le récit que E.L. est une personne avec qui il n'a pas eu de relation amicale et qu'il n'a jamais voulu en avoir. C'est une personne qu'il n'a pas vue depuis longtemps et il n'a pas été question d'elle au cours des derniers jours où il a fait le rêve. On sait, toutefois, que réfléchir à un rêve ne le rend pas plus intelligible.
Suivant son cheminement, un souvenir apparaît : un ami lui a proposé de prendre une voiture et de le ramener chez lui ; il s'agit d'un véhicule avec un taximètre parce qu'il y a quelque chose à regarder. Freud continue par une plaisanterie : « à peine sommes-nous montés que nous lui devons déjà soixante hellers. Les voitures à taximètre me font toujours penser à une table d'hôtes [...] ». Il vient à citer ces mots : « Ihr führt ins Leben uns hinein, Ihr lasst den Armen schuldig werden » qui se traduit par : « Vous nous faites entrer dans la vie, Vous laissez le malheureux devenir coupable ». Cette citation de Goethe fait référence au fait que comme les tables d'hôtes ça coûte vite cher et que la dette augmente vite, on y perd vite son argent comme dans les taxis.
Il fait également référence, dans son interprétation, à sa femme lors d'un voyage au Tyrol dans une auberge d'une station de montagne, et au fait qu'elle n'était pas assez réservée à l'égard des voisins de table, ce qui a rendu Freud irritable comme si « je n'en avais pas eu pour mon argent à la table d'hôtes ». Le rôle qu'a Mme E.L. se substitue à sa femme.
On dit d'un rêve qu'il est incohérent et incompréhensible. Freud admet tout de même que le rêve reste parfaitement logique et qu'il forme « des chaînes où certaines représentations surviennent à plusieurs reprises en tant que représentation centrale ». Chaque rêve qu'il aurait pu analyser amènerait aux mêmes choses difficilement communicables et l'emmènerait à la même discrétion. Il précise qu'il aurait la même difficulté à analyser le rêve si cela avait été un autre – pour ceux qui se poseront la question de savoir « pourquoi ce rêve » ?
Le rêve est un substitut remplaçant les trajets de pensée chargés d'affect et riche en sens. Toutefois, on ne sait pas d'où vient le rêve, ce qui a permis à celui-ci de naître de la pensée, ni ce qui nous permet de savoir que ce n'est pas un processus corporel.
Le rêve comme image d'un désir non satisfait
On apprend par Freud que quand on rêve, on fait face à une activité psychique, on retrouve une transposition d'un matériel psychique passant d'un mode d'expression à un autre, d’une expression compréhensible à une autre. C'est ainsi que Freud divise le rêve en trois catégories :
- Les rêves sensés et compréhensibles : ce sont les rêves qui ne nous heurtent pas car toute surprise fait défaut ;
- Les rêves déconcertants : on ne sait pas où loger ce sens dans notre esprit. On se demande souvent : « comment suis-je arrivé à une idée pareille ? » ;
- Les rêves incohérents, confus, absurdes : ce sont les rêves où manquent et le sens et l'intelligibilité.
Nous trouvons des difficultés dans la communication des pensées du rêve : c'est ce qu'on appelle une corrélation intime. Pour mieux comprendre tous ces termes, Freud, à travers des rêves d'enfants, nous explique. On remarque dans le livre que chaque rêve d'enfant fait référence à l'accomplissement d'un désir simple. Si nous prenons l’exemple de cette petite fille atteinte de poliomyélite, elle rêve que son lit est bien trop petit pour elle alors que dans la réalité le lit est grand. Elle ne trouve donc pas de place : on est selon Freud face au désir d'être grand. Tous les rêves que nous décrit Freud dans cet ouvrage sont marqués par une intense accentuation affective. On retrouve le cas pour le petit garçon de huit ans qui se retrouve avec Achille sur le char que conduit Diomède en rêve, cela parce que le jeune a lu le jour précédent un livre sur les mythes et légendes grecs.
On retrouve la même chose avec les adultes : des rêves un peu infantiles, qu’on appelle des rêves de confort. Le rêve anticipe, comme par impatience, le plaisir attendu. On rêve de nos désirs tout comme les enfants. L'adulte rêve le désir comme déjà accompli, et ces rêves sont des images sensorielles le plus souvent visuelles ; c'est un accomplissement réel et présent.
Contenu manifeste et contenu latent
On peut se demander ce qu'entend Freud quand il parle de contenu manifeste et de contenu latent. Le contenu manifeste est le scénario du rêve tel qu'il apparaît dans le souvenir que le rêveur en garde. Le contenu manifeste, chez l'adulte est souvent « confus » et « absurde ». Le sens du contenu n'apparaît que par sa mise en relation avec un contenu latent dont il est la manifestation symbolique. En ce qui concerne le contenu latent, il s'agit de l'ensemble des pensées refoulées qui sont à l'origine du rêve mais dont le rêveur n'a pas tout de suite conscience. Ce contenu est restitué à partir du contenu manifeste grâce à l'association libre des idées.
Le rêve qu'a choisi Freud, celui qui illustre la plupart des idées de notre auteur, est la « Table d'hôte ». Son analyse l'a conduit à une petite série de souvenirs dont chacun a fourni quelque chose au contenu du rêve. Il s'agit de la décomposition du rêve et de la condensation. En effet, la condensation constitue le caractère le plus important du travail sur le rêve. Le mécanisme de condensation constitue également une ruse efficace pour laisser échapper le contenu de la manière la plus offensive possible. Par le contenu manifeste (ce dont nous nous rappelons au réveil), le rêve achemine un contenu latent (contenu inconscient qui ne doit pas nous réveiller). La condensation constitue un regroupement de plusieurs représentations en une seule, dite « représentation condensée ». Ceci est responsable de la brièveté du rêve : le contenu latent est plus dense et plus long que le contenu manifeste.
La condensation, en quelques mots, est le fait que plusieurs éléments du contenu latent peuvent être impliqués dans un même élément du contenu manifeste. On peut dire alors que le contenu latent du rêve peut se ramener à l'accomplissement d'un désir, et que le contenu manifeste du rêve traite de tout autre chose que le contenu latent.
Conclusion
On connaît le rêve comme étant le cœur de la psychanalyse, avec le conscient et l'inconscient. Pour Freud le rêve est une activité psychique porteuse de sens, ce qui permet au rêve d'être interprétable. Le rêve peut être désir, on a vu que le rêve est une expression déformée d'un désir refoulé. Toutefois on connaît aussi le rêve comme étrange et incompréhensible : là toute la difficulté de son interprétation. Le rêve est important pour nous car aujourd'hui comme jadis, le rêve fait partie intégrante de nos vies. Nous faisons parfois preuve de curiosité quand il s'agit du rêve, on veut en savoir toujours plus. Dans bien des cas, nous rêvons de ce que nous faisons dans la vie de tous les jours. Le rêve révèle les faits et gestes de la vie quotidienne. Toutefois, nous pouvons rêver de nos difficultés, de nos angoisses, de nos inhibitions intérieures, de ce que nous refoulons au plus profond de nous.
Aujourd'hui, la psychanalyse ne cherche pas forcément à traduire les rêves à tout prix, mais à rendre le rêve plus important. On sait que le rêve est très présent dans notre vie. Le rêve est une porte qui mène vers notre inconscient ; on ne peut rien cacher à cet inconscient qui prend une part importante dans nos vies. Le songe peut nous permettre de nous évader ou de faire face à nos peurs, et Freud l'a bien observé dans son livre, puisque lui-même il interprète son rêve « Table d'hôte ». Le rêve est énigmatique : parfois on peut l'oublier à notre réveil et parfois il devient inoubliable et peut créer une source d'inspiration dans bien des récits.