5 poèmes pour La Ration
Le baiser du poète
Les bouches nues, l’œil quiété
Reviennent avec les feuilles
Imaginaires de l’été
Ardent devient le temps d’une caresse
Étrangère aux vers de la sagesse
Mais les corps s’abandonnent avant la raison
Des étés souverains, des prudentes saisons
Ta lèvre à ma plume prêtée
Mue en encre sur papier : feuille
Imaginaire tu étais
Destination
La voix d’un humain couvre le vent
Elle découvre la peau du temps
Elle se tait lorsque l’humeur lui ment
La voie est libre, un secret l’attend
L’oreille du monde s’étend
Se dresse pour elle comme avant
La voilà, ma voix l’apprend,
Cette haute mélodie du chant !
L’heure est une occasion que l’on prend,
La joie vit dans nos yeux d’enfants,
L’esprit calme soigne les tourments,
Le penseur, lui, sourit en passant.
C’est le rêve qui ouvre la marche chaque nuit : une lampe vit dedans, et les sentiers sont beaux pour qui brille en dedans.
Mourir d’étoiles
Donne-moi une image
Qui ressemble au paradis
Vois-tu mon cœur si sage ?
Vois-tu la maladie
Qui tremble sous l’orage ?
Redonne-moi la vie…
Les nappes d’eau les toits du ciel
Dorment à l’ombre des planètes
Quant à l’envers une vie essentielle
Danse la lune et son poids d’alouette !
Etoiles et rideaux de nuages,
Voiles de douceur sur mes paupières
S’ouvrent en silence devant l’orage :
Aimer de loin, croire en hier.
Portailleurs
Un baiser se couche, et moi le long de la baie
Je cours, et les dunes sable touchent ma peau
Un soleil lointain s'entiche du paysage
Et fige sous mes yeux la naissance du beau
Ta main emprunte la pure écume au passage
La mer t'embrasse, je suis jaloux tu m'aimais
Le temps est porté par quelques voiliers filants
Loin, comme les étoiles qui brillent le moins
J'aperçois des mouettes et je revis notre amour
Ton doux baiser remonte à mon corps avec soin
Le vent rapporte des adieux à mon élan
Il enseigne les rêves à chaque détour
Aux idylles marines desquelles on mourrait
Alors je marche sur la plage où tu courais
Un homme se couche sur le sable et se tait
Il meurt sous les vagues amèrement jetées
Et son âme rejoint les astres et la femme
Aimée pour renaître de cette île au beau drame
Illustration par FÉE (@fee.isdreaming)
Sans titre
L’homme esquisse son intime souvenir. Il ne reste que la traversée d’un train de campagne à l’éclosion du soir, le toucher ému d’une peau de soie qui, rien qu’imaginée, réveille l’activité du cœur ; l’instant-présent des lumières abondantes et criardes se reflétant sur tous les miroirs d’une avenue ; enfin la langue complice d’une chanson d’amour s’effilant du temps qu’elle nous aide à semer. Et lorsque l’homme bleu se confond au soleil et méprend l’amour pour les yeux froids de la nuit, la lune pose son armure et lui glisse au coin du cœur : « icare est ce cygne à la muse icône flottante en eaux troubles ainsi j’oserai la marée ».
L’homme à ces mots sans bruit retint son souffle et partit se fondre dans le décor du monde.