Le validisme vécu au-delà du mot

Un témoignage


Voici une définition qui vient du Collectif Lutte et Handicaps pour l’Égalité et l’Émancipation (CLHEE), par  Elena Chamorro (Aix-en-Provence), Elisa Rojas (Paris), Lény Marques (Clermont-Ferrand), Mathilde Fuchs (Rennes) :

« Le validisme se caractérise par la conviction de la part des personnes valides que leur absence de handicap et/ou leur bonne santé leur confère une position plus enviable et même supérieure à celle des personnes handicapées. Il associe automatiquement la bonne santé et/ou l’absence de handicap à des valeurs positives telles que la liberté, la chance, l’épanouissement, le bonheur, la perfection physique, la beauté. Par opposition, il assimile systématiquement le handicap et/ou la maladie à une triste et misérable condition, marquée entre autres par la limitation et la dépendance, la malchance, la souffrance physique et morale, la difformité et la laideur. Le validisme suppose que la plupart des personnes handicapées se consument dans la plainte, l’aigreur, la frustration ou le regret de ne pas être valides. Il se traduit par des discours, actions ou pratiques paternalistes, condescendants et dénigrants à l’égard des personnes handicapées, qui les infériorisent, leur nient toute possibilité d’être satisfaites de leur existence et leur refusent le droit de prendre en main leur propre vie. Il exige de surcroît que les personnes handicapées fassent preuve de docilité, de déférence et de reconnaissance à l’égard des personnes valides, en particulier lorsque ces dernières leur apportent une aide quelconque ou s’intéressent à leur sort. Le validisme peut être le fait de personnes handicapées elles-mêmes qui, ayant intériorisé l’ensemble des préjugés qui les concernent, adhèrent à tous les présupposés validistes. »

Alors oui comme vous avez pu le lire, le validisme est aussi intériorisé par les personnes handicapées, et oui il est important ce temps pour se déconstruire.  Je souhaite aller vers la déconstruction de ce « validisme intériorisé », et par conséquent celui-ci ne doit pas m’empêcher d’écrire. Bien au contraire, je dirais même que cet article fait partie intégrante de ma déconstruction.

Pourquoi écrire sur ce que cela fait d’avoir intériorisé le validisme ?

Avoir intériorisé le validisme, c’est se dire qu’on devrait être « comme le modèle valide imposé ». C’est se positionner de façon systématiquement inférieure face à un valide. C’est ne pas s’autoriser à prendre la parole ou la place.  C’est toujours s’excuser, avoir peur de gêner. C’est garder pour soi ses difficultés. C’est se camoufler, compenser H24 pour bien passer aux yeux des autres et arriver vers ce qu’on souhaite. C’est s'invisibiliser soi-même, s’oublier soi-même. C’est ne pas arriver à reconnaître ses droits et besoins comme tels… la liste est longue. Ce qui pose problème en effet, c’est que nous intériorisons, et nous ne pouvons qu’intérioriser dans un système validiste.

Une illustration de ce que le validisme peut engendrer

 Il y a des moments où l’éclat en larmes arrive, où la tension accumulée devient visible. Dans ces moments souvent le besoin premier est de sortir, respirer l’air, trouver une source de calme, ou faire comme si de n’importe quelle façon, oui sortir. Dans ces moments c’est dur de faire face à la difficulté que souvent nous fuyons. Alors mieux vaut sortir plutôt que prendre le risque de réexpliquer et de ne pas être entendu, car à chaque fois c’est comme se prendre un mur, un coup violent. Pourtant une solution est là, elle ne demande qu’à être matérialisée dans l’urgence et la nécessité, parce que oui la difficulté est loin d’avoir disparu. Souvent il y a de l’ignorance, et certaines paroles qu’on reçoit peuvent créer des blocages. Un mot dit, une intention, et ça y est, un blocage est ressenti et prend sa place. Pourtant la personne qui par sa parole, son attention, a créé ce blocage n’a pas conscience de l’avoir fait et alors elle ne se rend pas compte de la violence de ce qu’elle fait vivre dans son discours et ses actes.

Parce que oui, le validisme, c’est subtil et brutal à la fois

C’est mettre des conditionnement « normés » à l’école, aux études, aux aides, c’est une prise de tête administrative, c’est toujours garder et prévoir un tour d’avance pour les déplacements, être face à des barrières sociales et économique et j’en passe, parce que tout cela est systématisé. Et dans le maintien de cette systématisation validiste il n’y a pas ce souhait et cette conscience de la nécessité de changer de paradigme. Les rapports de dominations sont maintenus et accentués, par l’entretien de ce modèle. C’est une société, où d’emblée nous partons du principe que l’être humain en face de nous suivra le modèle imposé, sera lui-même le modèle imposé, pourra et souhaitera mener sa vie comme le modèle imposé et normé. Sauf que « NON ! » cela est violent, discriminatoire, injuste, enfermant, méprisant et épuisant, et ça ne peut plus durer. C’est croulant de mauvaise foi. Littéralement c’est ne pas donner sa confiance à la vie qui se présente et être alors poussé et forcé à tout maîtriser. La subtilité du validisme est telle qu’il est même aujourd’hui encore peu conscientisé et reconnu comme tel.  Sophie Cluzel Ministre Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargée des Personnes handicapées à elle-même écrit le 20 novembre 2018 : « Je refuse complètement l’opposition de deux mondes, celui des valides et des non-valides. Je comprends l’exaspération devant la lenteur des progrès de l’accessibilité universelle. Il faut aller plus vite et plus loin. » témoignant d’un inversement de la signification même du mot et ne permettant pas de voir son enjeu politique pour l’émancipation et la réappropriation de nos vies. Elle refuse de nommer le validisme et par là elle l’entretient.

Si par cet article vous commencez à prendre conscience de comportements et paroles validistes et que cela vous perturbe, prenez le temps de digérer et de vous poser. Certes le chemin sera plein de secousses mais surtout il restera personnel.

Si suite à cet article vous vient l’envie ou le besoin de témoigner au sujet du validisme, alors je vous suggère d’écrire au journal, car cela ne pourra que nous permettre d’approfondir

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