PARTAGER LA CHARGE CONTRACEPTIVE
Comment et pouquoi la partager ?
Depuis janvier 2022, la contraception hormonale pour toutes les jeunes filles jusqu’à vingt-cinq ans, est gratuite, comme annoncé par Olivier Véran en septembre 2021. La pilule gratuite pour toutes, une bonne nouvelle ?
Affiche sur la charge contraceptive
Sujet tabou voire même synonyme de honte ou de crainte dans certaines familles, la contraception est souvent source de conflit et reléguée au second plan dans le domaine de la santé. Et pourtant ! Selon le ministre, beaucoup de jeunes filles y renonceraient pour des raisons financières. En effet, le coût de la pilule et des protections périodiques représente pour certaines une dépense quotidienne en plus. Cette prise en charge publique comprend les pilules contraceptives, l’implant contraceptif, le DIU (stérilet) ainsi que le diaphragme, mais aussi les divers soins liés à cette contraception hormonale (bilan biologique, consultation de prescription, etc.).
En France trois millions de jeunes femmes sont concernées par cette mesure ayant pour but de faciliter l’accès à la contraception. Mais nous pouvons nous questionner sur cette décision politique : ne dévoile-t-elle pas une certaine pression sociale ? Autrement dit, la contraception est-elle toujours une affaire de femmes ?
Le ministre des Solidarités et de la Santé précise lors de l’émission « les Quatre Vérités » que cette mesure contribue à faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais puisque le rapport sexuel concerne les femmes et les hommes et si la contraception est gratuite pour les femmes alors elle doit l’être aussi pour les hommes, et seulement ainsi nous appliquerions la notion d’égalité au sein de la société. Lors du discours politique du ministre, les préservatifs et autres moyens de contraception masculine sont omis de la discussion. Je dénonce cet oubli dont les conséquences sont aisées à percevoir : la contraception reste alors bel et bien une affaire de femmes. Il paraît alors inutile de mentionner le principe d’égalité puisqu’il n’est pas appliqué ; il est donc vrai de dire que cette mesure politique engendre des inégalités entre les hommes et les femmes.
Les hommes sont fertiles tous les jours de l’année contre une cinquantaine pour les femmes. Il n’est pas question dans notre enquête de comparer la fertilité des deux sexes afin de désigner un responsable ; cette donnée semble toutefois pertinente dans notre contexte. En effet le sexe masculin a plus de probabilité d’être fécond que le sexe féminin. Néanmoins la contraception reste une affaire de femme et ne semble pas concerner immédiatement les hommes dans cette mesure. Il n’est pas question de tomber dans des opinions qui nient toute différence entre l’homme et la femme, bien au contraire. Aujourd’hui, les hommes aussi se demandent comment contrôler leur fécondité et certains souhaitent assumer la même part de responsabilité que leur partenaire. Il reste encore beaucoup d’hommes qui n’ont pas connaissance des potentiels risques qu’encourent les femmes en prenant la pilule, ni même des moyens de contraceptions masculins. Le problème de l’information est essentiel. En effet on peut déplorer un manque d’information sur la contraception, qui se limite parfois à recommander l’usage du préservatif et/ou de la pilule, omettant ainsi toutes les autres méthodes telles que l’anneau vaginal, les spermicides, l’implant, etc.
Sur les réseaux sociaux le hashtag #PayeTaContraception rassemble des témoignages (on compte plus d’un million de publications) dans lesquels certaines femmes s’expriment librement et osent aborder des thèmes encore méconnus : les effets secondaires indésirables qui peuvent s’avérer dangereux tant physiquement que psychologiquement, la charge mentale, les divers problèmes hormonaux qu’engendrent certaines contraceptions, ainsi que les nombreux changements de pilule avant de trouver celle adaptée à son corps… La pilule est un sujet très débattu au sein du domaine de la santé ; elle serait la source de diverses perturbations hormonales, des prises de poids, des changements d’humeur, des maux de têtes ainsi que de douleurs persistantes dans le corps. Nous pouvons étayer encore la liste en énumérant des actions telles que la régularité obligatoire des prises du comprimé, les rendez-vous avec les spécialistes médicaux, le temps d’aller se procurer en pharmacie sa pilule… Tout cela représente une grande pression pour les femmes.
Dans certaines situations de sexisme ordinaire le raisonnement des hommes consiste à dire que ce sont les femmes qui tombent enceinte, et donc qu’il irait de soi que c’est à elles que revient la charge de trouver un moyen de stopper leur fécondité si celle-ci n’est pas souhaitée. En France, 68% des femmes déclarent utiliser un moyen de contraception contre 32% chez les hommes. Qu’elles soient en relation de couple ou qu’elles aient des partenaires occasionnels, nombre d’entre elles dénoncent une charge exclusivement féminine ; les partenaires masculins ne se soucieraient pas assez de la contraception.
En définitive ce sujet nécessite d’être discuté dans un climat de confiance où chacun des partenaires peut exprimer ses peurs, ses doutes et ses préférences. Il est recommandé d’avoir recours à des spécialistes si nécessaire afin de choisir la solution la plus appropriée. Il n’est pas question de tomber dans des schémas classiques stéréotypés devenus bien trop figés et étroits, et qui ne permettent ni l’écoute et la compréhension de l’autre, ni le choix libre, conscient et réfléchi de sa contraception. Ceci est un appel à toutes et à tous : que faisons-nous au quotidien afin de lutter contre ces archétypes ? Bien que cette mesure de santé soit une nouveauté et un « progrès », demandons-nous : dans quelle direction souhaitons-nous avancer ?
Et si on assumait chacun ses responsabilités et sa fertilité en partageant la charge contraceptive ? Pour aller plus loin, il y a la websérie « Martin sexe faible » qui met en scène des rôles de genre traditionnels inversés et nous prévient des situations courantes de sexisme et de discrimination.
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Le tableau des contraceptions sur le site choisirsacontraception.fr