Nantes au cœur

Pour vous donner envie de lire la poésie d’Yves Cosson


Il n’existe guère de poète plus nantais qu’Yves Cosson. Né en 1919 à Châteaubriant, dans le nord du département, il arpentera les rues de Nantes pendant de nombreuses années et épuisera chaque recoin de la ville dans ce qu’elle a de plus poétique. Penchons-nous sur Nantes au Cœur (2006), recueil de ce virtuose du verbe, et découvrons au fil des pages la beauté insoupçonnée de notre ville.

Yves Cosson, le Nantais

Poète et enseignant à la Faculté de Lettres de Nantes, Yves Cosson fait le souhait, à travers sa poésie, de « persuader les lecteurs que ce monde contient des sources inépuisables de Beauté ». Il dépeint, à travers des vers sincères, touchants, humbles, le quotidien dans ce qu’il a de plus espiègle. Fier Nantais, Yves Cosson affirme qu’il est un homme qui « se plaît à arpenter cette ville fascinante et toujours mystérieuse ». C’est en 2006, après avoir vécu plus de soixante ans à Nantes qu’il publiera Nantes au Cœur, recueil d’une cinquantaine de poèmes faisant référence à différents endroits de la ville (voir les poèmes Rue Noire, Bouffay, Passage Russeil, Le Tertre, etc.) mais aussi aux Belles Nantaises et à l’ambiance particulière de la ville. Mort en 2012, Yves Cosson demeure la figure majeure de la poésie nantaise. Il fut un temps évoqué qu’une rue de la ville porte son nom – ce n’est pas encore le cas, mais je garde personnellement l’espoir secret de pouvoir un jour habiter rue Yves Cosson, et pourquoi pas, d’y écrire à mon tour un poème en son honneur.

Le cœur de la ville

Dans Nantes au Cœur, Yves Cosson dévoile un portrait de la ville à travers les saisons. Ainsi, au printemps, « on cueille le soleil sous un ciel de jeunesse » (Printemps de ville), et à l’automne, « La brume de Toussaint efface les moires molles sur l’Erdre ensommeillée » (Beaujoire d’automne). On trouve aussi des portraits figés dans le temps de la ville. Par exemple, dans Cambronne, le poète fait référence à Hidalgo, emblématique boutique de farces et attrapes du passage Pommeraye aujourd’hui fermée, qui vendait « Poil à gratter, fluide glacial, / Poudre à éternuer / Et fin de la fin pour le triomphe / Du cancrelat / La crotte qui n’est pas / En chocolat. ». Et que serait Nantes sans ses cours d’eaux ? Dans D’Erdre en Loire, Cosson retrace le parcours du fameux cours d’eau nantais qui jadis se jetait dans la Loire par le canal Saint-Félix, mais qui est aujourd’hui coupé au niveau du cours Saint-Pierre. Le poète, sentimental par définition, ne manque pas de noter le potentiel tragique de cette coupure : « Et comme pour punir la rivière vagabonde / On l’enferma vivante dans un canal austère. » Mais l’auteur ne se limite pas à un regard impersonnel sur la ville ; il n’est pas n’importe quel artiste, il est lui, Yves Cosson : c’est pourquoi il pose aussi son regard dans tout ce qu’il a de plus subjectif sur des lieux qui lui sont chers. Par exemple, la Fac de Lettres (au sein de laquelle il fut longtemps enseignant). Ici, le poète témoigne de sa jeunesse retrouvée lorsqu’il est sur le campus : « A cause d’un sourire / Froissement de la soie / D’un caillou dans l’allée / (...) / Je renonce à vieillir sagement écolier. ». Ainsi, lire Nantes au Cœur, c’est voyager dans la ville à travers le temps, les saisons, et le regard espiègle de l’auteur, son histoire, ses émotions, comme gravées dans le béton des rues nantaises.

Le rôle de la poésie

Yves Cosson dans Nantes au Cœur nous donne un exemple frappant de ce que la poésie peut être : une célébration du quotidien, une touche de miel dans la banalité de ce qui nous entoure. Même si la ville est parfois grise, elle est illuminée par les voix des âmes qui l’habitent. L’effort poétique met au jour ces beautés cachées et change notre rapport au monde : nous ne verrons plus jamais la ville de la même manière. Le vers marque nos esprits, et désormais la merveille de chaque détail urbain nous saute aux yeux. C’est une expérience nouvelle de la ville. C’est pour cela que nous avons besoin de poésie : le quotidien est dur, le pavé est gris, parfois la pluie tombe, mais, comme une caresse réconfortante, la poésie enchante la banalité pour lui donner un sens, celui de l’innocente beauté.

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