Vous avez un nouveau message
Première partie
Illustration par Maya Scotton
Le réveil sonne. Je me redresse en geignant. J'éteins l'alarme et vois l'heure qu'il est. Comme tous les matins, cet outil de torture me réveille à 6h 45. J’enfile une robe de chambre avant de me diriger vers la cuisine. En passant, mon chat se lève également et me miaule dessus pour me faire comprendre son état avancé de famine. Le pauvre, comprenez-le, il n'a pas mangé depuis la veille. Je le nourris non sans m'adresser à lui comme à un enfant en bas âge. J'allume la cafetière et une clope. Je ne peux m'en empêcher, les habitudes sont tenaces, même les plus mauvaises. En attendant que mon café filtre, je fume tranquillement. Aidée par le goût du tabac et la fumée introspective, je fais l'inventaire de ce que je dois faire ce matin, avant de partir travailler. C'est mon petit moment tranquille avant de m'activer pour ma journée. D'ailleurs, je n'oublie jamais de prendre avec moi mon agenda pour me remettre en mémoire les tâches que j'aurai à accomplir durant la journée. Je souris en voyant le peu de notes que j'ai prises ; c'est tranquille aujourd'hui. Ding. Je sursaute, ma sonnerie était branchée, trop peu habituée à être sollicitée ainsi dès le matin, je regarde mes notifications : Vous avez reçu un message. Sur l'écran de verrouillage je vois qu'il s'agit d'un numéro que je ne connais pas. C'est d'autant plus bizarre. Déjà que mes amis ne me contactent pas beaucoup, les inconnus encore moins. Je regarde tout de même de quoi il est question.
« Bonjour Alicia. Bien dormi ?
- Bonjour, vous avez dû vous tromper d'Alicia, je ne vous ai pas dans mes contacts. »
« Un nouveau message arrive presque aussitôt.
- Je ne me suis pas trompé, rassurez-vous. »
Pour me prouver ses dires, l'inconnu commence à faire une description de moi, de mon style vestimentaire. Je ne suis pas la personne la plus excentrique du monde mais être décrite comme ça par un inconnu ne me met pas des plus à l'aise. Il envoie un second message avant que je puisse répondre au premier.
« Vous ne devriez pas fumer dès le matin, c'est mauvais pour le cœur. »
Surprise par le message, je ferme précipitamment la fenêtre et ferme le rideau. Tant pis, la cuisine sentira le tabac froid. Je ne sais pas ce qui se passe et le bruit, pourtant habituel, de la cafetière deviendrait presque anxiogène. Aussitôt qu'elle a terminé, je remplis une tasse de café noir. Le lait et le sucre attendront. J'ai besoin de me réveiller vite. Je prends tout de suite une grosse gorgée de café brûlant et bien trop amer à mon goût. La chaleur du liquide me saisit la langue, c’est douloureux mais ça a le mérite de réveiller l’ensemble de mon corps.
« Vous m'espionnez ?, envoyai-je.
- Oui, répondit l'inconnu. Inutile de fermer les rideaux, je suis dans la maison. »
Un douloureux frisson me parcourut.
« Si c'est une plaisanterie arrêtez tout de suite.
- Ai-je l'air de plaisanter ? »
Non. Evidemment que non il ne plaisantait pas mais le déni est souvent la moins douloureuse des réactions.
« Le harcèlement est répréhensible par la loi. Même si vous avez treize ou quatorze ans je n'aurais aucun remords à aller voir la police.
Allez voir la police et vous êtes morte. »
Il envoya aussitôt un second message qui semblait beaucoup plus posé malgré son contenu.
« Vous mourrez aujourd'hui de toute façon, je vous tuerai ce soir. Mais si vous vous opposez de quelconque manière, je vous tuerai plus tôt. Réfléchissez. Cela n'est avantageux pour personne. Profitez du temps qu'il vous reste à vivre plutôt que de vous embêter à aller voir la police. »
Je fus secouée d'un spasme. Mourir ? Ce soir ? Non c'est beaucoup trop tôt ! Des sanglots commençaient à me monter aux yeux mais je faisais tout pour les contrôler. Je reçus un nouveau message.
« N'arrêtez pas de me répondre, cela fait partie des tâches que vous avez à faire pour rester en vie le plus longtemps possible.
- Pourquoi me faire ça ? On ne se connait pas, je ne vous ai rien fait !
- Faut-il une raison pour mourir ? Posez la question aux gens percutés par une voiture et décédés sur le coup. Avaient-ils mal regardé le conducteur ? »
Je laissai échapper un sanglot bruyant. Qu'est-ce qui m'arrive ?
« Vous devriez commencer à vous préparer, vous allez finir par être en retard. Faites votre journée comme si je n'étais pas là. »
Comment faire une chose pareille ? Comment faire comme si un taré n'avait pas récupéré votre numéro et s'amusait à vous tourmenter ? Je terminai d'un trait mon café et obéis. Dans la salle de bain je me sentais épiée comme jamais auparavant, si bien que je tentai au maximum de rester habillée même quand il s'agit de changer de vêtements ; la douche attendrait. Heureusement l'inconnu ne s'amusa pas à me tourmenter quand je me sentis au plus vulnérable. En sortant de la salle de bain, je reçus aussitôt un nouveau message.
« Tu as fait vite, c'est bien. Je n'aime pas ne pas te regarder mais je ne voulais pas te mettre mal à l'aise. »
Vous me mettez déjà mal à l'aise, pensais-je très fort, quoique savoir qu'il ne m'avait pas observé me changer, me rassurait légèrement.
« Maintenant pars au travail mais n'oublie pas de continuer à me parler si tu ne veux pas que ta vie soit raccourcie.
- Comment suis-je censée travailler et vous répondre ?
- Je sais que tu as accès à ton téléphone durant le travail alors continue à me parler. »
Je commençai ma route vers l’agence. En attendant le bus, je me rendis compte que l'idée d'être dans un transport où tout le monde serait entassé, et parmi ces gens possiblement mon harceleur, me terrifiait. Je préférai donc marcher. Tant pis, je serai probablement en retard.
« Tu changes tes habitudes ? Est-ce à cause de moi ? Excuse-moi, je ne voulais pas.
- Ça n'a rien à voir, mentis-je. Il fait bon aujourd'hui et je préfère marcher, je n'habite pas si loin, à y réfléchir.
- Tu as tout de même 20 minutes de marche... Mais fais comme tu veux, je ne suis pas là pour te dire comment tu dois te comporter durant tes dernières heures. »
Heureusement il faisait effectivement bon et je regrettai de n'avoir pas été au travail à pied plus tôt. Le fou qui avait récupéré mon numéro de téléphone m'avait mis dans la tête que j'allais mourir et je me surprenais à y croire. Réfléchis Alicia ce n'est qu'un farceur, il ne te fera rien du tout. Pour me conforter dans cette idée j'envoyai un message à mes amis les plus proches et leur proposai une soirée aujourd’hui même. Je n'avais pas des amis très fêtards et je ne l'étais pas moi-même, mais ils étaient partants, c'est tout ce qui m'intéressait.
J'arrivai à l'agence de pub où je travaillais. C'était un bâtiment assez moderne, il faut dire que l'entreprise était récente.
« J'ai toujours trouvé cet endroit particulièrement accueillant. Tu as de la chance de travailler dans un tel environnement. Tu apprécies tes collègues ?
- Oui, ils sont agréables. Tu sais, si tu me réponds aussi froidement je n'aurais pas envie de te garder en vie.
- Il m'arrive d'aller prendre une boisson chaude avec eux au café du coin.
- Tu es plutôt thé ou café ?
- J'aime beaucoup le thé et la diversité de saveurs qu'il propose mais je ne pourrais pas me passer du goût et de l'efficacité du café.
Tu vois quand tu veux. =) »