La sorcière

Ou un ancien symbole oublié du féminin


Sorcières… Un mot, un personnage qui est synonyme autant de peur que d'émerveillement. Quand on parle de féminité, mettre en avant les sorcières paraît maintenant aussi logique, qu’étrange. Et c'est vrai, la sorcière reste avant tout, dans l'esprit commun un personnage de fiction, lançant des sortilèges et faisant des potions, et qui est parfois une horrible femme cruelle, le visage plein de pustules avec son balais et son nez pointu. Mais tout ça, ce ne sont que des fables, des histoires qu'on lit pour se divertir. Dans son livre Âme de sorcière ou la magie du féminin (qui sera ma source principale), Odile Chabrillac nous parle de son rapport à la "sorcellerie" et surtout ce qu'est, et ce qu'était la sorcière.

Illustration par Maya Scotton

Sorcières d’antan

Comme elle le dit l'histoire des sorcières est floue et pas toujours vérifiable. « Pourquoi ? Parce que, pendant des siècles, l'histoire - écrite par des hommes - a choisi d'occulter le massacre de ces femmes différentes." Car c'est bien de cela que nous parlons : de femmes différentes. Près d'un demi-million d'entre elles ont été massacrées en Europe pendant près de 8 siècles (entre le Xème et le XVIIIème siècle), sous prétexte d'avoir pactisé avec le diable (c’est-à-dire avoir eu des relations sexuelles avec celui-ci). Accusées, brûlées vives, pendues, tout était bon pour éliminer ces femmes qui ne correspondaient pas à la norme de la société patriarcale et religieuse de ces siècles avant et dans la renaissance. Car c'est pour ça et seulement pour ça qu'elles étaient visées. Ce n'était pas des sorcières qui avaient signé un pacte avec le diable.

Non, c'était des femmes (et des hommes en moindre mesure), qui ont décidé de ne pas suivre les avancées scientifiques et de continuer à cultiver une ancienne vision du monde. Elles n'étaient pas toutes des sorcières, certaines étaient juste bizarres, d'autres trop courageuses comme Jeanne d'Arc. Les diaboliser, les accuser de sorcellerie n'était qu'un prétexte, pour les tuer sans se mettre à dos l'opinion publique.La sorcière dans ces époques lointaines, était surtout une guérisseuse, qui utilisait non pas la médecine mais ce qu'on appelle aujourd'hui les remèdes de grand-mère ou même les premières bases de la médecine dite alternative.C'était des femmes, vieilles ou jeunes, souvent isolées, sans mari, ni fils, ni frère. Elles étaient à contre-courant, que ce soit dans leur philosophie de vie ou leur religion, et voilà de merveilleuses raisons pour les massacrer. 

Et d’aujourd’hui

Aujourd'hui, elles sont encore là, plus discrètes.  Elles ne forment pas un mouvement féministe à proprement parler, même si certaines féministes ont utilisé le nom de sorcière dans leur combat. La sorcière se bat avant tout pour elle-même. Ce qui lui importe c'est son moi intérieur ; elle écoute ses sentiments, sans les laisser la contrôler ; elle écoute son corps et essaye au mieux de l'accepter. Et bien sûr elle écoute l'environnement qui l'entoure, la nature et son intuition. Une sorcière regarde le monde et se regarde elle-même. Elle regarde les choses et non pas les idées, et en regardant cela, elle la voit, la magie qui nous entoure, celle des plantes et bien d'autres choses encore. Les nouvelles sorcières naissent sur les cendres des massacres d'antan. Il ne faut pas les oublier, et pourtant leur philosophie nous dit : « Regarde aujourd'hui, c'est le plus important ». Aujourd'hui quand je pense à la sorcière, je vois un message d'espoir et d'avenir. Un ancien symbole qu'on oublie, un symbole de révolte, de féminité mais aussi d'une nouvelle vision du monde qui ne regarde pas les tabous et les normes. La sorcière te dit « Sois juste qui tu veux être et abat les diktats, les mœurs de notre société patriarcale, tu as ton propre pouvoir et personne n'a à t’ordonner ou à te prendre quoi que ce soit. Sois toi c'est suffisant »

Alors je vous présente ma sorcière à moi, celle qui me guide : 

La nuit se lève, douce élégante

La lune est ronde, blonde avec sa magnifique tiare d'étoiles.

Et tu danses dans ton jardin, seule. 

La lumière de la lune est pour toi la plus belle des berceuses.

Tu te sens entière, en osmose avec ton cœur, ton corps et la nature. 

Le lendemain, dans l'après-midi tu t'occupes de ton potager. 

Tu es si fière, tes plantes, tes légumes sont si beaux.  

Encore une fois tu te sens entière, tu n'as besoin que de ça pour vivre et surtout pas d'un quelconque phallocrate, créé en masse depuis des siècles, par cette société patriarcale.

Tu as simplement eu le temps de ranger tes légumes, de faire sécher ta sauge, qu'on a frappé à ta porte, des coups très forts comme si les personnes derrière voulaient l'enfoncer. 

Tu t'es avancée vers celle-ci doucement sans te brusquer.

C'était des hommes ; au vu de leurs tenues tu pencherais pour des dominicains. 

Ils t'ont attrapée, lié les poings, sans aucun motif, à par celui d'être un être diabolique, tu fais partie de celles qui ont soi-disant pactisé avec le diable. 

Ils y croient si fort, les véritables démons, ceux qui te traînent à l'échafaud, mais ils n'ont jamais eu aussi tort.    

Et aujourd'hui bien loin de tes tourments, de la corde qui pèse sur ton cou.

Je m'assume au-delà des autres, au-delà des phallocrates, au-delà des tabous.

Je danse avec la lune, je cultive mon jardin, je suis fière de mon corps mais je ne suis plus seule. 

A travers le monde, d'autres dansent sur la berceuse millénaire de la princesse éphémère.

Tu es la diabolique sorcière, tu voyais ce nom en horreur, en blasphème.

Et pour leur prouver leurs torts, je le porte avec honneur, 

Pour toi et toutes les autres.

Je suis une sorcière…

Précédent
Précédent

LE ROCK SOUS L’URSS

Suivant
Suivant

MENSONGE ET LOGIQUE