Les energies renouvelables

Un défi à relever dans l’urgence


Le temps passe de plus en plus vite lorsque nous prenons conscience de l’urgence ou de la catastrophe climatique déjà en cours. En 2019, 24 millions de personnes ont fui leur domicile à cause de catastrophes liées au climat. En France, nos ressources en eau ont baissé de 14% sur les vingt dernières années. En 1950, le taux d’émission planétaire global de CO2 était de 6 milliards de tonnes. En 2020, nous en sommes à plus de 34 milliards de tonnes de CO2. Ces chiffres illustrent la nécessité de changer de politique énergétique à l’échelle mondiale.

Illustration par Maya Scotton

Origine du problème

La situation actuelle nous oblige à nous tourner vers un mode de vie durable, vers le respect des forces de la nature et vers le développement des énergies vertes. Les “énergies renouvelables” exploitent des ressources naturelles inépuisables afin de les transformer en énergie. Pourtant autrefois, ce que nous qualifions de “renouvelable” était simplement de l’énergie. Après avoir appris à faire du feu vers 400 000 avant notre ère, avec l’arrivée de la sédentarisation, les civilisations ont commencé à entretenir un rapport de maîtrise avec la nature. C’est le début du développement de l’agriculture, de la domestication des animaux, de la technique, de la mécanique. Au fil du temps, les ressources naturelles se sont avérées insuffisantes au vu de l’amélioration des techniques, des ambitions de conquête et de progrès. Les ressources les plus efficaces pour progresser le plus vite possible furent celles qui sont aujourd’hui à la base de notre fonctionnement. On les connaît tous : ce sont les combustibles fossiles. Pétrole, gaz et charbon. Ils sont utilisés pour le ravitaillement en énergie qui fait fonctionner usines et transports, chauffages, climatiseurs, nouvelles technologies... presque tout ce qui permet à notre monde de marcher depuis la révolution industrielle. Puis il s’est mis à courir avec la révolution numérique, même s’il se fatigue de plus en plus. Nous avons besoin d’énergie pour survivre, mais notre rapport aux ressources est autodestructeur, comme nous le montre la crise climatique actuelle.

Enjeux contemporains

Aujourd’hui, il devient donc nécessaire de ralentir le rythme d’exploitation des ressources mais aussi de changer radicalement notre rapport avec la nature, ce qui a fait naître le terme de décroissance. Derrière l’idée que les énergies fossiles sont plus efficaces, il y a celle qu’elles permettent une croissance économique exponentielle. Les ressources fossiles peuvent être stockées, transportées, échangées, alors que les ressources naturelles dépendent du milieu, des saisons, du temps, et elles sont discontinues, imprévisibles, etc. Elles sont donc incompatibles avec un système économique néo-libéral, tout simplement car elles ne peuvent pas entrer sur le marché globalisé. L’énergie naturelle s’exploite au niveau local. L’énergie fossile elle, s’importe. Elle est devenue une marchandise nécessaire à notre mode économique actuel. Avec l’exigence d’une économie toujours en croissance, basée sur le transport des marchandises, l’énergie est devenue une finalité, et non un besoin. Et c’est cela qui change tout : si l’énergie devient un produit, utiliser des ressources naturelles uniquement à une échelle locale n’a rien de rentable.

Cet état de fait montre les limites de notre politique énergétique. En inversant les moyens et les fins, nous voilà piégés : nous sommes complètement dépendants de l’énergie fossile à l’heure où réduire drastiquement son exploitation est une condition de survie. Mettre en place des éoliennes, des panneaux solaires, des usines marémotrices, ou des centrales géothermiques pour couvrir tous nos besoins en énergie, ça demande énormément de temps et d’argent. Du temps que nous n’avons pas à perdre : d’après le 3e volet du 6e rapport du GIEC il nous reste un peu moins de 3 ans pour inverser la courbe d’émissions de gaz à effet de serre si on veut conserver une planète habitable pour toutes et tous.

Le rapport du GIEC, les records de chaleur cet été, les incendies, les sécheresses entraînant des situations de famine comme à Madagascar ou les inondations au Pakistan sont des faits qui prouvent que notre système économique est destructeur. Mais malgré ces preuves, être écolo est encore vastement controversé. Il nous manque donc un changement en profondeur à effectuer, sur un plan philosophique et même affectif.

Changer de rapport

Ce qui est important sur cette question de l’énergie, qui est un besoin fondamental depuis l’époque préhistorique, c’est ce qu’elle impose comme nouveau rapport et comme nouvelle représentation du monde. Car nous l’avons dit : nous avons préféré les énergies fossiles car les ressources naturelles sont incontrôlables et discontinues. La notion de contrôle est importante ici : elle signifie qu’il y a une source affective de peur. C'est ce qui nous a poussés à utiliser le progrès de la technique pour nous sentir en sécurité. Avoir de l’énergie partout, tout le temps.

La peur de la puissance de la nature est vieille comme le monde. Les dieux mythologiques, à travers les civilisations, sont attribués à des forces de la nature. Zeus est associé à la foudre dans la mythologie grecque, Huitzilopochtli au Soleil, lui-même associé à la guerre dans la mythologie aztèque, ou encore Varuna à l’océan dans la mythologie hindoue. Tous sont supérieurs aux êtres humains et exercent leur toute puissance sur le monde. Ils sont craints et admirés à la fois.

Revenir vers une utilisation des ressources naturelles dans une logique de production selon nos besoins et abandonner les énergies fossiles, ne signifie pas qu’il faut se soumettre à la peur que la nature provoque. La peur ou la maîtrise ne sont pas les seules issues. Nous pouvons simplement nous appliquer à comprendre ses mécanismes en ayant une écoute attentive, de la patience et surtout du respect vis-à- vis de son fonctionnement propre. Il faudrait apprendre à manier des forces naturelles sans vouloir leur être supérieurs, ne plus se positionner en tant que dominants face à elles. De toute façon, si nous voulons un jour placer les énergies renouvelables au centre de notre politique énergétique, il sera nécessaire de changer notre rapport au monde et de l'étendre aux questions tant économiques, politiques, environnementales que sociales.

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